Sècheresse et rougeole
Après presque 3 mois dans le projet à Kangaba, je me suis éclipsée une petite semaine en vacances pour explorer le magnifique arrière-pays du Mali. J’ai donc reporté l’écriture d’un prochain article pour ce blog après le voyage. Mais tous ceux qui abandonnent parfois leur travail pour prendre des vacances savent qu’il y a toujours du travail en retard qui les attend à leur retour. Vous comprendrez donc, cher lecteur…
Entre-temps, la température a grimpé jusqu’à 40 degrés et approche de la limite du supportable. La saison sèche porte bien son nom : les dernières mares se sont desséchées et les feuilles vertes se font rares. Les champs sont arides. Les paysans décharnés sont allongés sous un arbre, pendant que leurs femmes portent de l’eau jusqu’au potager, dans l’espoir de pouvoir vendre quelques feuilles de salade au marché. Tout le monde se plaint du prix du poisson, des tomates et des papayes. On se plait de plus en plus à rêver à la pluie.
Mitraillée de questions détaillées
En même temps, il y a moins de moustiques et donc moins de malaria. Nous profitons de la saison calme, les infections étant plus rares, pour plancher sur le traitement adéquat d’autres causes fréquentes de fièvre chez les enfants. Nous avons sué des gouttes sur les « fiches techniques » : des directives simplifiées pour l’identification et le traitement de la diarrhée, des infections respiratoires, etc. Fin février, nous avons enfin pu organiser une formation au sujet de ces fameuses fiches avec quelques médecins de l’hôpital de référence.
Malgré les retards énormes et inévitables dès qu’on essaie de réunir plus de deux personnes, ces deux journées de formation ont été intéressantes pour le personnel des centres de santé, mais peut-être encore plus pour nous-mêmes. Ma présentation sur les angines et les otites a provoqué un élan de questions très détaillées : très inconfortable, mais disons que c’était aussi instructif.
Un millier de mains sales
Il y a quelques semaines, plusieurs enfants atteints de rougeole se sont soudain présentés dans deux de nos centres. Pour se faire rapidement une idée plus précise du nombre de cas, le docteur Ouologuem et moi avons été envoyés dans deux villages pour y examiner tous les enfants en faisant du porte-à-porte. Notre exploration du premier village a d’emblée révélé que ce ne serait pas facile. Il y a cinq enfants par mère en moyenne. La plupart ne vont pas à l’école et passent donc leur temps à nous suivre avec curiosité.
Nous avançons lentement : d’abord la sage-femme locale, portant une boîte pleine de médicaments sur la tête, suivie d’un Ouologuem pressé portant la valise de soins d’urgence, puis moi, écartant gentiment le millier de petites mains sales qui veulent à tout prix serrer les miennes. Après avoir traversé tout le village en compagnie de cet énorme cortège d’enfants, nous avons identifié un adulte atteint de rougeole et trois enfants qui viennent de guérir.
Campagne de vaccination
Dans le deuxième village, la rumeur nous a précédés. Le chef du village est au courant de notre arrivée et nous remercie d’avance pour la campagne de vaccination massive que nous sommes sur le point de commencer. Pour nous faciliter les choses, il a déjà réuni les enfants du village sur la place centrale. À peu près deux cents garçons et filles nous attendent avec un regard trahissant à la fois l’espoir et l’appréhension.
Lors d’un entretien très gênant, nous expliquons que nous ne venons pas du tout pour vacciner, mais simplement pour jeter un coup d’œil, de manière informelle. Nous lui demandons donc de renvoyer tous ces enfants chez eux pour que nous puissions les examiner à la maison. Ici, nous découvrons plusieurs malades. Après une semaine, l’hôpital de référence a décidé d’organiser une campagne de vaccination sur la base de notre rapport. Les enfants de Namagana finiront donc par recevoir la piqûre attendue.
Comme une carpe dans le Niger
Pour le reste, il n’y a pas de grandes nouvelles : je suis toujours comme une carpe dans l’immense Niger, au milieu de mes collègues de l’équipe de Kangaba. Il ne me reste que deux mois pour travailler dur et profiter de l’agitation conviviale et des soirées chaleureuses, qui ont définitivement installé le Mali dans mon cœur. Le temps passe beaucoup plus vite ici qu’à la maison…
Pour terminer, voici un magnifique dicton Bambara pour les plus vantards d’entre nous : « Si tu promets de coudre un pantalon pour un éléphant et s’il est incapable de le mettre le lendemain, il a bien raison de t’écraser. »
Profitez bien du printemps et à bientôt !
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