Vendredi 28 août, jour de naissance de mon papa. Le réveil sonne. 05h00 s’affiche. Groggy je me lève, exécute mes ablutions en mode “pilotage automatique” et engouffre un bon déjeuner. 45 minutes plus tard, me voilà, affalé dans notre 4×4, accompagné de notre chef de mission et de notre chirurgien. Quatre heures de route nous attendent. Je m’installe confortablement et m’assoupis. Les kilomètres défilent. Les yeux clos, je perçois un ralentissement du véhicule. Pour finir à l’arrêt. J’émerge et observe la situation. Nous voilà à la frontière rwando-burundaise. J’hallucine. Voilà plus de 10 ans, que je n’ai plus vécu pareil passage : traverser une clôture après vérification des documents (cachet “Sortie” apposé dans le passeport), marche sur quelques 100 mètres dans un “no man’s land” avant de se retrouver devant une autre barrière pour un nouveau contrôle (tampon “entrée”). Ma dernière fois, remonte à 1999, entre la Macédoine et le Kosovo. Je suis tout fou et qui plus est content de fouler, pour la première fois le sol rwandais. Et quelle classe. Déjà, au Burundi, la rigueur est de mise mais dans ce pays frère, le cran est placé encore plus haut. L’officier des douanes est en costard cravate impeccable. Et tout est prêt et semble cohérent/logique. Quant à la route, elle est sans trous et un code de conduite (avec limitation de la vitesse) est d’application (ce qui est moins évident au Burundi – rire). Là, plus question de dormir. Me voilà en territoire inconnu et je ne veux rien manquer de la beauté de la nature. Petit à petit, nous gagnons en altitude, laissant derrière nous la plaine de la Ruzizi (rivière reliant les lacs Tanganyika et Kivu, NdlR.). Tout est vert. Si beau. Stop. A nouveau une frontière. Nous quittons le Rwanda pour entrer en République Démocratique du Congo (RDC), toujours après un double passage frontalier. Et là, choc culturel magistral. Du bruit, de la musique, plus de route, des camions partout, des tas d’immondices et un attroupement devant le poste de douane. En possession des passeports de tous, je me faufile à travers la masse humaine et tend les documents. Une voix m’informe de me présenter au bureau du fond. Je m’exécute et présente les papiers. Ils sont pris et… ramenés au premier bureau, qui les accepte finalement. Nos noms sont notés dans un cahier ayant visiblement du mal à résister aux conditions climatiques (ou de travail ?) pour enfin s’échouer dans un troisième département. “Papa Vincent ?” crie un agent de police. Je m’approche. Il me pose deux trois questions pour en définitive me rendre nos passeports. “Et les autres, vous ne les appelez pas ?” lui dis-je distraitement. Sa réponse m’amuse encore : “Papa, si toi, tu es en ordre, alors, tes collègues aussi”. C’est ainsi le Congo. Mais trêve de plaisanterie, je suis pressé. La ville de Bukavu s’ouvre maintenant à moi et la direction du port est immédiatement prise. Un bateau m’attend. Il est là. Je prends rapidement congé de mes collègues, qui eux entameront la visite d’un hôpital de la cité, reconnu et spécialisé dans la prise en charge des fistules avant de redescendre le dimanche sur Bujumbura. Quant à moi, j’embarque sur le rafiot, après encore un contrôle douanier (?!) et m’installe sur le pont. Il est 11h00. Trois heures de plaisance, sur un des plus beaux lacs de la région m’attendent. Que du bonheur. Je cuis littéralement au soleil. Goma apparaît. Le bateau s’amarre doucement. Je descends. Et… une vérification policière de plus, étrange fonctionnement. Mais tout se passe avec gentillesse, à chaque fois. Je m’échappe de la foule et rejoins la voiture de notre organisation. Celle-ci me conduit au bureau MSF. Je salue des visages connus et inconnus. Mange rapidement une part de gâteau trouvé sur mon chemin avant de me préparer à bosser. 16h00 : le cycle de réunions commence. Il ne se terminera que ce mardi 01 septembre. Pas de break pour moi cette fin de semaine. Mais que de chance. Je rencontre enfin mes homologues congolais et construis, avec eux, un système de réponses aux urgences communs. Un sacré défi. Encore un ! Et trop content de m’y atteler.
Vincent burundi, infirmier
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